Fragments

Des textes écrits un peu en automatique, destinés à mon tiroir. Ça semblait un moyen efficace d’être honnête. Pas sûre d’avoir réussi à l’être vraiment, car même entre soi et soi c’est parfois une pièce de théâtre. (Admirez un peu le cache-cache derrière le pronom “soi”, il y aura le "on" plus loin). Je dépose ici ces textes presque tels quels, avec une petite mise en forme à la Rupi Kaur *toussotement* Nayyirah Waheed?  Je ne suis pas imperméable à la tendance, j’assume avoir internalisé la norme actuelle : minimalisme, joliveté digeste. Ça déborde un peu quand même dans les coins quand on est du genre maximaliste. Et puis, c’est reposant de ne pas respecter l’usage pour les majuscules et les ponctuations. La plupart de ce que j’écris au quotidien relève du magma jargonneux dénué de tout esprit de jeu. C'est la lente mort de la sensualité si l'on n'y prend pas garde.

Je suis consciente de la contradiction qu’il y à exposer une production personnelle quand il me faut continuer de lutter contre mon égo, contre cette fâcheuse tendance à vouloir absolument tout valoriser sur les internets. Valoriser, quel mot affreux. Mais en traînant sur mon ordinateur, les lignes qui suivent auraient alimenté des divagations que je souhaite tuer dans l'œuf: l'idée de les retravailler, d'en faire quelquechose de plus ambitieux - de plus prétentieux aussi. Alors, les voici à peine sorties de leur état de brouillon. Roulement de tambour, poitrine gonflée d'orgueil : me voilà grimée en résistante romantique à la marchandisation.

A celleux se sont égaré.e.s ici, lisez cette page comme vous écouteriez un chant accapella se perdre dans un couloir de métro.

Sinon, ce qui est sympathique, car j'aime bien faire du mauvais esprit - un vice attrapé dans des milieux bien trop masculins au sein desquels l’ironie, l’acidité, l’humour piquant et carnassier, en somme, tout ce qui arrache un rire mauvais, sont soit des preuves de confiance en soi et de charisme viril, soit des mécanismes de survie - c’est de pianoter dans les sections automatiques de l’hébergeur de ce site, la plateforme mailchimp, mes petites phrases ludiques à la place de: “Talk up your brand. Use this space to add more details about your site, a customer quote, or to talk about important news.”

Non mais quelle idée. (A la relecture, cette chute ressemble à une resucée de Beckett)

impro impro

donnes l’autorisation

quel est le contenant?

sans

Minuit.

loi immigration

Ma bulle est transparente, elle s'étend sans éclater.

Sourde aux éructations hertziennes du suprémacisme,

j'en perçois les échos,

dans un puzzle de conversations numériques.

Les souffles indignés,

l'ombre des corps épuisés,

les psychés meurtries,

les cicatrices urbaines du désespoir,

s'évanouissent aux portes des forteresses aux cols blancs.

                                                                           

                                                                              (Infertile culpabilité de respirer toujours.)

Milles points de non retour sont franchis. Dans l'air, dans les chairs et les âmes où milles divisions s'installent.

Et les cris étouffés,

la mémoire,

les signes d'un funeste recommencement,

             fuient à l'horizon,

échappent comme les ballons d'hélium des mains d'enfants

1er novembre

Mon écriture à moi ne construit pas de cocon chaleureux

D'échappatoire sucrée

Son goût ne réveille ni agréable frémissement ni papillons dans le ventre,

Ni sentiment d'être dans le bon camp

Elle laisse inchangé le poids qui leste vos corps

Et l'horizon reste obscurci pour mes congénères obsédé.e.s de la dissonnance,

Et pour celleux que la peur et la rage fait tant vaciller qu'on ne peut se comprendre

Complaisance, idée romantique de bribes semées

Dans des espaces cachés, shadowbannés, mais accessibles à qui le veut

Comme ces graffitis clandestins, un jour monétisés au moment optimal

Leur pulsion de vie écrabouillée par leur viralité,

Par les quartiers gentrifiés qu'ils ont fait pousser malgré eux

Mon, moi, mes

Je vois bien que tu me grignotes à l'intérieur

Pointes coupables d'adrénaline, hauts le cœur en pointillé

Tandis que les minutes phagocytées laissent dans leur sillage une faim tenace

Et du remords, du remords

Le son de l'écroulement du monde est filtré

Par la loi du mort-kilomètre, chez nous,

Les déflagrations égotiques nourrissent autre chose

Un babil mal informé, des performances de supériorité morale

Pour celleux qui ignorent ou assument leur voracité

De micro ou macro pouvoir.

Il y a l'occasion cyclique de s'agripper à l'horreur, bien ou mal intentionné.e

De continuer à vomir une logorrhée irresponsable

Au café, sur les ondes

Ou d'assembler en vitesse des posts pédagogiques

Pour continuer de mériter son étiquette, de rendre son positionnement explicite

Dans tout ça je navigue à vue

Il y a les ennemi.e.s évidents, et celleux que mon ignorance m'empêche de détecter

Entraînée moi aussi dans la danse sur le charnier

Je ne sais pas fuir le spectacle de la solidarité

Admettons que le désespoir est feint ou du moins théorique

Dans nos bulles d'eau courante, douillettes de netflix and chill

Malgré les larmes qui viennent aux yeux

Cependant que la chair continue d'être meurtrie, violentée, annihilée,

Je ne sais pas si je suis capable d'autre chose que de mimétisme

Menottée à ton boulet je trotte péniblement

Ma lutte contre toi n'est ni belle ni héroïque

Je me tortille au sol, essoufflée

Il y a l'issue immédiate et facile,

Plonger dans l'univers de celleux qui croient suffisamment à l'importance de leurs mots

Je t'oublie un instant

Mais tapi dans le creux de mes insécurités

Tu surgis au moindre de mes mouvements vers l'extérieur

Mon, moi, mes

Scandaleuses associations

Habitantes

Quelqu'un a dit

Qu'il ignorait ce qu'était un habitant.

Moi je vois parfois une habitante assise,

Sur le talus griffé d'un trottoir,

De dos, elle médite, masquée de papier bleu,

Nourricière

Et je devine son regard

Plongé dans celui des chats

Majestueusement couchés en quinconce, et,

Moins errants que nous tous.

Un sourire éhonté étire alors mon visage

Sa routine à elle me donne de l'espoir.

Moi j'ai croisé une habitante,

Elle tirait son chariot dans la ruelle pentue.

Son gilet rose et marron pastel,

Et son chouchou doré,

Compensaient les couleurs effacées

Par le temps de ses joues.

J'ai déjà vu ses petits iris bleus noyés

Dans un blanc triste.

Elle agitait devant moi

Des feuillets aux inscriptions lugubres,

Ânonnait un babil magique

Contre l'abandon.

Pluie

Drue, la pluie tombe sur notre peau brûlée

Cliquetis phrygien frappant les tôles rouillées

A l'abri de fortune la palabre s'éveille

A l'inconnu on prodigue conseils

Enveloppés d'un cocon d'eau diaphane

Pleins d'intonations joueuses,

De rires en cascade

Le piment doux soigne la séparation des corps.

Etretat

L'aiguille creuse suffoque,

Sous trop de piétinements,

Répliques de milliards de meurtres,

Autrement plus sanglants

Mais pas moins cruels.

L'indifférence n'est pas difficile à comprendre,

Quand nulle souffrance n'accable notre chair.

Parfois je ne crois plus en l'empathie.

Archipels

Archipels

voile, bavardages fondateurs

Pieds nus, rires réverbérés,

vrombissements lointains de trains marchands

Promenade digestive au milieu des flirts millénaires

en tailleur entre pâquerettes et dents-de-lions

Des châteaux d'allumettes sitôt élevés

une envie de saccage

Hères errants à contre courant

rejettent le repli, posés sur des bancs publics,

Et investissent les lieux de passages

comme le lierre court sur un mur décati mais debout

Ceinturée de macadam

l'herbe humide nous attend

Mépris

Désapprendre le mépris

Une tâche solitaire,

Incertaine,

Tant il enserre les viscères et exsude des pores,

Sans que tu ne le vois.

Je sens sa résurgence,

Quand le sourire reste au fond de ma gorge

Au profit d'un automatique rictus,

Charité bien ordonnée,

Oui, d'accord, d'accord

Mais le mépris je le vois aussi chez toi.

Quand tu prends tout l'espace,

A la facilité avec laquelle tu assènes

Le manque d’importance ou la nocivité

Des mots qui te parviennent

Déformés par la force de leur résonance.

Trappes

Comme elle disait

Je veux cesser d'être mue

Et habiter véritablement

Je me crois trop épuisée

Pour dévier ma trajectoire

Et j'ai appris que certains chemins

Ne sont pas de traverses

Mais des impasses

Comment n'ai-je pas vu

Les anonymes

Déjà sereins ou

Quêtant la suspension

Marquant de leur corps

Les bancs publics

Accidents des voies de passages

Trappes ordinaires

Vers nos utopies temporaires?

Bon sens

J'évolue dans un milieu ou ce que l'on appelle le bon sens “paysan” est super valorisé.

Moi, le bon sens, je m'en suis toujours sentie dépourvue.

Et cela m'a conduit et me conduit encore à fuir un certain nombre de situations et de conversations

dans lesquelles ma difficulté à suivre une logique basique m'aurait trop exposée à l'incompréhension ou aux moqueries. Mais maintenant que je saisis a quel point tendre vers la sagesse est une source de stabilité et de joie,

Je me méfie comme de la peste du bon sens.

Le bon sens est une arme à double tranchant.

C'est à la fois une arme de survie pour certains,

Et l'arme du crime commis par d'autres.

*Note: Quelques mois après avoir pianoté ces lignes, je suis tombée sur le travail de la philosophe Sara Ahmed, qui a justement réfléchi au concept de bon sens

Promenade

L'humilité, c’est du soin de soi.

Prendre son temps et respecter son rythme est à la foi banal et extraordinaire.

Voilà ce qui me traverse l’esprit en profitant jalousement de la végétation domestiquée dans le parc que j’arpente. Et je vois les herbes folles, les branches malades, guerilla, suicide de la nature lorsqu’on la contraint.

Hypothèse : et si le bruit blanc qui s’élève au dessus du bruissement des feuilles n'en était pas un, et si le fourmillement de pensées m'apparaissait comme stérile juste parce qu'il ne passe pas par des chemins balisés, raisonnables,  au bout desquels le flou serait éradiquée?

Est ce si grave de faire des liens capillotractés s'ils ouvrent un espace de fécondité?

Mais fais attention à ne pas considérer tout et n'importe quoi acte de résistance, et grâce à ça, à te complaire dans l'apathie.

Est-ce que l'acte de résistance n'est pas l'acte désintéressé, l'acte qui n’empêche pas l'incertitude mais qui te sort quand même de l'immobilisme?

L'acte "déviant" gardé invisible à dessein?

Small talk

Dans la panoplie infâme de franglais et d'acronymes  qui colonisent l'esprit et la bouche des salariés de bureau, il y a le "small talk". Ce bavardage vide du moindre engagement émotif ou intellectuel est automatiquement brandi en cas de danger de silence gênant entre deux camarades sur-payés. Il est la planche de salut permettant d'éviter de repenser aux personnes affamées qui leur ont quémandé quelques pièces entre la sortie de l'escalator du RER A et le parvis de la Défense, et surtout, de s'autoconvaincre que s'épuiser en comptes rendus et réunions assommantes a bien un sens.

Canicule en proche banlieue

Quand le soleil s'éternise

Le plaisir simple ne dissimule pas la crainte

Herbe jaunie

Pétales assoiffées

Une épreuve silencieuse se déroule

Sous nos yeux au mieux indifférents

Au pire plissés de contentement

L'épiderme nue pour se rappeler

Cette mécanique biologique

Qui précipite au dehors

Celleux pour qui la chaleur n'est que délectation

Non moiteur collante et effort

Non obligation d'ingéniosité

Pour trouver l’eau encore

19xx

Ma journée s'étiole

Dans une collection de gestes

Vaguement inutiles

Je me figure la tienne

Dans un brouillard de moiteur

Ton corps étendu au bout du monde

Déserté par la trivialité de la respiration

Tu es en train de partir

Avec ces conversations que nous n'aurons jamais

Tu emporteras mes plumes et une dérivation de mes racines

Pendant que je range la maison à demi

Je vois ton ancre s'alléger jusqu’à

Remonter à la surface de la baie de Fort de France

Je bloque ce temps pour penser à toi

Et les premiers mots qui me viennent sont luxe et reconnaissance

Car j'ai le privilège de tout remettre à plus tard

Pour perdre mes yeux dans le vague et laisser affluer les souvenirs

Sans savoir si ton bâtiment a déjà quitté notre port.

Bas Morne

Je t'écris du bas morne

L'aurore déjà là

Le chant des grenouilles

oscille entre deux notes

J'avais oublié ton humour

Ton fin palais

Et ton aura

Tu as laissé dans ton sillage

Des envies d'union

De simplicité et d'amour

Installée dans les hauteurs

Tu survole nos tâtonnements

Sillonner

La peau bouleversée

De milles petites errances

Qui creusent des sillons

Aux coins de tes yeux

Insincère avec les autres

Tu te mens aussi parfois

Des frissons jouent à un-deux-trois-soleil

Sur tes épaules

Et tu regardes droit devant toi

Rien de remarquable

Et tu pianotes des mots, de l'esbrouffe

Traques un niais lyrisme

Et serres le poing

Si tu scrutes ce visage assez longtemps

Une bienveillance, une chaleur montera

Le zig zag de deux trajectoires

Qui se croisent au hasard

Pour ne jamais se retrouver

Disque Rayé

Temps suspendu et goût fade

De funestes messages m'anesthésient

Je sur-vis quand d'autres sous- vivent

Mon pas coupable est trop lourd

Joliesse, légèreté, emphase

Crucifiées sur l'hôtel des communes angoisses

Leur bourgeons arrachés affleurent pourtant

Au creux des lueurs sépulcrales

Je fuis les esprits nécrosés

Avides de haines ordinaires

Les faux romantiques réactionnaires

Sprint

J'ai (trop) souvent la flemme d'écrire. Je mets le trop entre parenthèse, car après tout, on pourrait me dire, ki moun ki vréyé’w? Alors que j'ai plein d'idées qui me traversent l'esprit,  un peu comme tout le monde quoi. Le truc, c'est qu’ à chaque fois que je m'assied avec l’intention d’aligner quelques phrases, et alors que je pensais une vision claire,  je m’épuise souvent en digressions. Ça me fait un peu penser à La Vie Matérielle de Marguerite Duras. Dans mon souvenir,  elle décrit assez bien la difficulté d'attraper, de découvrir, de décacheter les impressions fugaces qui nous traversent, comme si on ouvrait une lettre. En fait c'est une course de vitesse. Et ça je crois qu'il faut que je l'accepte. À chaque fois que je vais écrire,  ça va partir dans tout les sens, mais il faut juste que je tienne bon pour élaguer et préciser ma pensée, comme si j'étais en train de ranger une pièce. Il faut que j'y revienne et revienne sans cesse. Jusqu'à ce que ce que je lise me semble être le plus proche possible de ma réalité. Des phrases courtes qui vont droit au but. Sans honte, sans détour, juste ma vérité crue. Je me demande si c'est la peur qui me fait faire tant de circonvolutions.

Petit exercice de vanité

Est-ce qu'une de mes notes

Restera dans l'air

Marquera suffisamment les conversations

Pour être élevée au rang de geste de culture?

Cruelle obsession de la trace.

Grain de sable

C'est bon j'y arrive

Enfin je les vois ces lignes de fuite

Qui tissent les aventures sensibles

Remèdes a l'apathie

Je sais maintenant

La merveille des bourgeons ailés

Des érables blancs qui placides

Offrent ombrages et shots de chlorophylle

Dissimulant la valse de leur grues

Mais j’oublie trop souvent cette douceur

J’oublie de gripper la mécanique

A Tâtons

Je cherche un espace déraisonnable

Un interstice de fureur et d'exaltation

Un endroit d'où j'emmerderais le légitime

Sans plus de stalactite dans les poumons

Ni de termites dans le coeur

La nuit j'oscille entre

nostalgie du jour passé

et joie des libertés crépusculaires

Je veux me défaire du vocable de l'immobile

Voguer effrayée mais sans entrave

Vers la stupeur et l'étourdissement

Mon pouvoir n'est pas un voilier conquérant

Mon ciel n'est pas lardé de trainées de condensation

Je garde une forêt vierge sous une coupole de verre

Talk up your brand.

J’ai laissé ce titre automatique comme une boutade, par pure envie d’absurde. T’as pu déjà constater que j’essaye de m’extirper de la bullshiterie du branding ( mais je reste quelqu’un d’influençable, et donc j’use ici du franglish comme instrument esthétique)

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